Distribution, fabrication : les investisseurs sont désormais partout. Impulsant au secteur la logique qui est la leur. De sorte que peu à peu, à son contact, le milieu de l’optique change et se transforme. Mais comme le roseau, il plie mais ne rompt pas.
Principal carburant de l’économie depuis la moitié des années 70, les finances se sont mondialisées en même temps qu’elles se sont anonymisées : les fonds de placement qui règnent désormais sur l’échiquier de l’actionnariat appartiennent à tous et à personne. Ce sont les veuves de guerre américaines, les petits épargnants plaçant leur argent en vue d’un complément de retraite.
Le boom de l’industrie est né de la rencontre du monde de l’usine avec les masses humaines : masses de travailleurs et masses de consommateurs. Eh bien la constitution de retraites par capitalisation entraîne une même massification au niveau financier. La constitution de fonds de pension à une échelle jamais vue est un phénomène économique nouveau, qui a pour principal effet de lier le salarié et le capital. Bousculant les lectures univoques, tranchées et pour tout dire idéologiques qui prévalaient jusque là.
L’argent circule donc de plus en plus et de plus en plus vite. Mondialisé et anonyme, il achète et il vend avec sans cesse le même paradoxe à dénouer : comment rendre à l’actionnaire ses 15% ou 20% promis, sur une économie qui ne génère guère que 3 points de croissance ?
Il faut donc découpler la profitablité financière de la profitabilité réelle. Avec certes ses dérives et ses aveuglements : Enron. Mais aussi ses vertus toujours possibles : la maximisation de la productivité et donc, idéalement, de la compétence.
Lorsque l’économie ne peut générer par elle-même les 15% dus aux actionnaires, les nouveaux propriétaires n’ont d’autres choix que de se lancer dans la course au développement externe (rachat de société et élargissement du périmètre), ou encore dans la réduction drastique des coûts internes ; souvent les deux stratégies vont d’ailleurs de pair. D’un côté le phénomène pousse à la concentration et au gigantisme, de l’autre à une rationalisation forcenée. Concentration : tous domaines confondus on annonce déjà que ne survivront à ce jeu-là que les trois premiers acteurs de chaque spécialité. Dès lors la notion tellement créative de libre concurrence s’efface peu à peu devant la montée de monopoles qui ne veulent pas dire leur nom. Rationalisation : le produit le plus rentable tend à se définir comme la plus grande médiocrité tolérable par un marché (en qualité de fabrication, en qualité de distribution, en qualité sociale).
Un fond de placement acquiert une entreprise pour une durée de cinq ans en moyenne. Avec ces seuls objectifs en tête. Aussi légitimes soient-ils, ceux-ci génèrent immanquablement une pensée du court, voire du très court terme. Ensuite ? L’entreprise est revendue à un autre pack d’actionnaires, qui va recommencer pour cinq ans le même processus. Y a-t-il un terme à cette logique ? Pas vraiment, puisque même si peu à peu l’attractivité de l’entreprise finit par décliner, chaque investisseur mesure la pertinence de son achat par rapport au prix de vente et au potentiel de l’affaire.
Voilà donc la grande aventure du capitalisme en train de s’orienter vers le monopole et le culture du moindre.
Exaltant…
L'Etat contraint les libertés et canalise les aspirations pour offrir au Marché des sujets dociles et coopératifs.
Pour la non collaboration aux consensus somnambuliques.
Pour la réappropriation de l'espace public - sans Etat ni Marché.
Pour le Réveil de la conscience individuelle.
Pour une nouvelle culture vivante et non marchande.
Pour la participation démocratique au-delà de la simple représentation.
Parce qu'entre le rêve et la résignation, il existe la Pensée et l'Action.
L'autre monde est déjà là.