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Mercredi 7 mars 2007

La France aime-t-elle toujours sa jeunesse ? D’évidence la réponse est non. Reportant sur les générations montantes le poids de leurs dettes, de leurs gabegies, de leurs indifférences, les seniors ont bloqué un système à leur unique profit. Jusqu’à quand ?

De la formidable promotion sociale et culturelle dont a bénéficié la génération d’après-guerre (baby-boom) à la toute aussi formidable décélération que n’ont cessé de connaître les générations suivantes, surgissent désormais quelques vérités solides et attestées ; qui en disent long sur l’incurie de premiers et sur la légitime frustration des seconds.

Cela fait désormais trente ans que l’ascenseur social est coincé entre deux étages. Les enfants de la Libération ont eu droit à tout. D’abord un niveau de vie en progression constante, en partie à cause du besoin de renouvellement des élites disparues lors du conflit mondial, mais aussi grâce à la démocratisation des études. Une société de progrès pour tous, fondée sur les mérites personnels et le sens de l’effort, où l’on peut commencer au bas de l’échelle et finir tout en haut. Mais aussi une évolution sociologique sans précédent : révolution des mœurs, libération des corps (loi Veil de 1974 sur l’avortement), explosion de la société des loisirs, allongement de l’espérance de vie …

Dénommée à juste titre « Les Trente Glorieuses », cette période où la richesse, par la grâce de l’inflation, venait en empruntant, s’est achevée progressivement à partir du milieu des années 70. Non par une révolution, comme l’aurait voulu le mythe de Mai 68 ; mais par le basculement d’un capitalisme industriel vers un capitalisme financier.

A partir de là le résultat des entreprises s’est mis à compter beaucoup moins que leur croissance. Conséquence : le chômage de masse, où le licenciement est devenu, à l’inverse de tout ce que l’on croyait savoir jusqu’alors, une variable de profitabilité. Et l’inflation a été jugulée. Ainsi l’extraordinaire développement de la productivité, lié notamment à l’informatisation, n’aura à aucun moment profité aux salariés. 

Cependant ce chômage de masse a touché différemment les catégories. Entre le jeune diplômé à qui le monde du travail s’est brusquement fermé et le baby-boomer mis en retraite anticipée avec un véritable pont d’or, le différentiel est abyssal.

Quant à ceux qui parviennent, au prix d’un véritable parcours du combattant, à s’inscrire dans le monde du travail, de cruelles désillusions les attendent : en 1975, entre un salarié de 30 ans et un salarié de 50 ans, le traitement variait de 15% en faveur de ces derniers ; aujourd’hui cette variation est de 50%.  Pas étonnant. Notre société ressemble à s’y méprendre à une gérontocratie : 85% des députés ont plus de 45 ans, dont une bonne partie monopolise l’hémicycle depuis plus d’un demi-siècle… Idem pour les postes de pouvoir, où les décideurs semblent tous fort loin de vouloir passer la main ; bloquant les places qu’ils confondent souvent avec une concession à perpétuité. Et regardez bien l’air béat des seniors en pleine forme dans les aéroports ; car ce sont les derniers  - ceux qui suivent vont devoir travailler, eux, jusqu’à 75 ans.

De quoi désespérer une jeunesse qui doit se contenter d’un des plus maigres investissement par étudiants (Les Etats-Unis dépensent deux fois plus que nous pour leurs étudiants). Elle constitue le plus fort contingent de travailleurs pauvres.

Avec l’explosion déraisonnable de l’immobilier, le peu que gagne la jeunesse sert surtout à retourner aux seniors, qui en sont les heureux propriétaires, sous forme de loyers exorbitants. Les contemporains de 68 ont décidément su s’accommoder de la fracture sociale avec un naturel confondant. Laissant le soin aux générations futures de régler la note de toutes leurs hypothèques : état écologique de la planète (dérèglement climatique) ; faillite des systèmes de soins et de ses moyens de financement ; dette publique… Même si, individuellement, certains toilettent leur bonne conscience en aidant financièrement leur propre progéniture jusqu’à un âge avancé ; ce qui ne fait qu’ajouter un égoïsme de plus à leur intraitable incurie.

Dans tous les domaines on observe le retour d’une conception clanique du partage du travail. Balayant la méritocratie des « Trente Glorieuses » : les « enfants de » sont désormais de retour partout dans les formations les plus prestigieuses, partout aux postes les plus valorisants. Avec en retour docilité, soumission aux anciens, manque d’autonomie, perte d’inventivité.

L’égalité des chances, ce pilier républicain, personne n’y croit plus. La notion de progrès continu ? Effondrée, balayée, disparue. Mais alors : pourquoi le corps social ne se mobilise-t-il pas ? Si la société ne réagit pas plus, c’est que comme toujours chacun courbe l’échine en attendant la sanction dans son coin, espérant secrètement que c’est sur le voisin qu’elle finira par s’abattre. Incapables de saisir la société dans sa réalité évolutive, les seniors se contentent de profiter de leur sort comme si de rien n’était, tandis que les jeunes sont trop accaparés à remplir ce tonneau des Danaïdes qu’est devenue leur existence pour organiser la résistance.

Pourtant des signes explicites sont là, notamment en banlieue ; mais pas seulement. Si la présidentielle qui s’annonce est celle des seconds rôles, avec ce match un peu ubuesque entre Sarkozy et Royal, c’est uniquement l’expression de la volonté populaire de tourner le dos aux dinosaures politiques, d’en finir avec les gérontes. Signe que la facture sociale peut être réglée en retour par une réelle fracture générationnelle.

Par Slash - Publié dans : l'éveil citoyen
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