Imaginons, dans la meilleure démocratie du monde, une démocratie en temps réel où le moindre état de l'opinion, aussi transitoire et éphémère soit-il, serait pris en compte afin de transformer sur le champ le système en son entier. Dans cette meilleure démocratie du monde, nous appelerions cela les sondages.
Imaginons qu'après le cataclysme constitutionnel du 21 avril 2002, les sondages ayant faussé l'élection présidentielle en un présomptueux "tout est joué" (relayé/amplifié par les média aux ordres), ils se soient cette fois immiscés jusque dans les primaires du parti d'opposition afin de désigner le candidat : un pas de plus.
Ainsi Royal : venue de nulle part, mais portée uniquement par la vague triomphaliste des sondages en sa faveur, et par une bien curieuse arrivée massive de nouveaux adhérents de la dernière heure, curieusement retirés du parti dès les primaires jouées. A peine Sarko officiellement déclaré, l'impact Royal s'est effondré. Comme si l'on n'avait attendu que ce signe pour remettre le cap vers le principe de réalité.
Les instituts de sondages ? Ils siègent à la présidence du Medef.
Ont-ils gonflé artificiellement l'impact de Royal afin d'assurer la défaite du PS ? En tout cas une chose est sûre : ce sont bien eux qui ont imposé Ségolène comme candidate à l'élection présidentielle pour représenter l'alternance possible...
Dans la meilleure démocratie du monde, quelque chose me fait dire qu'il serait parfaitement possible de laisser la liberté absolue de choix au citoyen, mais à l'intérieur d'un cadre totalement contrôlé.
Dans la meilleure démocratie du monde le pouvoir ne se contente pas de désigner ses champions ; il désigne aussi ses ennemis à seule fin de s'assurer la victoire.
L'Etat contraint les libertés et canalise les aspirations pour offrir au Marché des sujets dociles et coopératifs.
Pour la non collaboration aux consensus somnambuliques.
Pour la réappropriation de l'espace public - sans Etat ni Marché.
Pour le Réveil de la conscience individuelle.
Pour une nouvelle culture vivante et non marchande.
Pour la participation démocratique au-delà de la simple représentation.
Parce qu'entre le rêve et la résignation, il existe la Pensée et l'Action.
L'autre monde est déjà là.