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l'éveil citoyen

Lundi 19 décembre 2005

« La France fait-elle encore société ? », se demandait le magazine Sciences Humaines de septembre… soit quelques semaines avant que ne débutent les émeutes que l’on sait. C’est en effet une question dont la légitimité vient d’éclater au grand jour. Comment en est-on arrivé là ?

 
Fin de Dieu (Nietzsche), fin de la raison comme valeur suprême (Freud) : le soupçon s’est abattu sur notre civilisation avant même le passage au XX ème siècle. Et cette « théorie de la fin » s’est poursuivie : fin de l’Homme (Michel Foucault) dans les années 80, fin de l’Histoire (Francis Fukuyama) dans les années 90, fin de l’Humanité et début de la post-humanité (Francis Fukuyama, Peter Sloterdijk) à l’aube des années 2000… De sorte que ce XXI ème siècle commençant, s’il est à la tête d’un grand nombre de fins, peine à saisir ce qui commence.

 
Jusqu’à présent la France a su, non sans une certaine auto-satisfaction et une bonne dose d’aveuglement, préserver le culte de son « modèle social ». Mais les réalités de terrain sont tout autres. D’abord parce que, qu’on le veuille ou non, la tendance historique dans laquelle notre pays est entraîné est destructrice de lien social. Critères européens de convergence (Maastricht), baisse des impôts : les arbitrages lui sont tous défavorables. C’est ce que l’on appelle la fin de l’Etat providence. En fait de « providence », il s’agit de notre capacité à tenir ensemble, à « faire société » : c’est cela qui est en train de disparaître. Le lien social, incarné en France par la Fonction publique (et donc alimenté par l’impôt), n’a plus le rôle de répartiteur équitable qu’il avait autrefois. Privatiser la santé, c’est refuser de mutualiser le risque avec autrui, c’est refuser le partage et n’assurer que son risque personnel. Le même débat se pose avec la question « Retraite par répartition ou fonds de pension ». Et l’on va bientôt finir par s’apercevoir que la crise des banlieues est contemporaine de la disparition d’éducateurs et de police de proximité dans certains quartiers… par mesure d’économie. Cette disparition progressive du lien social institutionnel cède la place à un réseau de liens informels et éphémères que rien ne vient plus réguler. Retour au « chacun pour soi ».

 
« Chacun pour soi », c’est aussi ce que doivent se dire les émeutiers de ces dernières semaines. Que voit-on brûler en ce moment dans les banlieues ? Les symboles de l’action publique : les écoles, les crèches, les autobus… Les voitures aussi, mais dont la symbolique a changé : ce ne sont plus les signes ostentatoires de la société de consommation, comme en 1968, que détruit la violence de ces derniers jours : ce sont les signes de la sujétion au monde du travail, du déplacement quotidien de ceux qui prennent leur part active dans la société. Les voitures incendiées n’ont rien de luxueuses : elles sont le symbole modeste du lien entre l’individu et la société.

 
Devant l’échec trentenaire des politiques d’intégration, l’échec des politiques du retour à l’emploi, l’échec des politiques de la ville (les banlieues sont toujours et encore des lieux de relégation sociale), ce qui reste de lien est désormais pris pour cible systématique. De fait le modèle républicain dont nous étions si fier a atteint sa limite : et le spectre désastreux du communautarisme, aveu d’échec et d’impuissance, est pourtant plus que jamais à l’ordre du jour.

 
Ce qui est sûr, c’est que la société française va sortir de la crise des banlieues encore un peu plus sonnée qu’elle ne l’était auparavant. Un dose de désillusion supplémentaire, qui vient s’ajouter aux nombreuses couches précédentes. Incertitude, démotivation, sentiment de ne pas avoir prise sur les événements… Incapable de se réformer ni d’imposer ses choix, la France ronchonne dans son coin et laisse passer le train du changement. Pourtant la vivacité citoyenne des associations montre que tout le monde ne baisse pas les bras. Un quart des Français s’engage bénévolement. Mais là encore il faut relativiser : l’action sociale et caritative ne représente seulement que 16% de ces effectifs.     

 
Au-delà des phénomènes connus (exclusion, précarité, pauvreté, relégation), quelles sont les profondes mutations actuellement à l’œuvre ?  La formation sociale des individus ne passe plus aujourd’hui par une structure unique (donc unifiante) mais par des liens hétérogènes, des relations temporaires, fluides et fragmentaires. Le savoir est réduit à des data, des données. Le jeu prime sur les enjeux. Le lieu s’est vaporisé. La triade adaptative des sujets socialement intégrés s’effectue en trois temps : connexion (appartenance temporaire) – déconnexion (désappartenance) – reconnexion (nouvelle appartenance temporaire).

  
Même les mots sont trompeurs : une restructuration ne sert plus aujourd’hui à passer d’une structure industrielle à une autre structure industrielle selon des modalités nouvelles. Elle entend remplacer le système dur de la structure en un système fluide : c’est ce que l’on appelle déjà dans les pays vers lesquels on délocalise à tour de bras « les usines hirondelles », que l’on ouvre et que l’on abandonne au fur et à mesure de la montée des exigences salariales locales. A la loi immuable du contrat social s’est substituée peu à peu la fluidité technologique fondée sur la rentabilité financière à court terme (de ces logiques de courts termes qui rappellent Rousseau, quand il riait des sauvages qui vendent leur lit le matin et se demandent le soir où coucher…)

 
Mais cette fluidité n’affecte pas chaque individu de la même façon. Certains y sont préparés : capital social, capital de compétences, capital patrimonial. D’autres non. Ce n’est pas qu’il existe une fracture sociale, car pour qu’il y ait fracture encore faut-il que les deux bords, à un moment ou à un autre, n’en aient fait qu’un. Ici il s’agit bien de deux mondes, deux logiques irréconciliables qu’il faut pourtant concilier.

 
Refaire société.

Par Le citoyen éveillé
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Mardi 20 décembre 2005

Pour ceux qui en douteraient encore, la preuve ce mois-ci que les émeutes de ces dernières semaines dans les banlieues françaises ne sont pas uniquement le fruit des combines, de la « racaille » et des mafias : en titrant dès septembre « La fin de la société », les sociologues et chercheurs de la revue « Sciences Humaines » mettaient en lumière les dangers de la décohésion sociale. Or celle-ci est désormais partout à l’œuvre. Certains peuvent y voir le passage plus ou moins tumultueux d’une culture de l’assistanat à une culture de la liberté et de l’initiative : ils n’ont pas tort. Pour autant le poids des sur-déterminismes sociaux ne doit pas être minimisé. Un exemple tout simple : la classe moyenne s’étonne à juste titre de ce que des gamins de douze ans traînent encore dans les rues à une heure avancée de la nuit. Or lorsque dix personnes s’entassent dans un trois pièces, les habitants se retrouvent dans l’obligation d’y dormir à tour de rôle. C’est aussi simple que cela. Dans ce cas, le très fort déterminant de la qualité de l’habitat est directement cause d’un phénomène qui, de loin, paraît incompréhensible, voire totalement aberrant. Quand on sait que la banlieue cumule de tels sur-déterminismes (chômage record, discrimination à l’embauche, relégation sociale, habitat inadapté, déplacements fastidieux voire impossibles, services publics absents, problèmes identitaires, économie souterraine, exaspération des jeunes…), on comprend mieux la flambée de violence qui a secoué récemment le pays.

 

Face à l’agitation, la classe politique, qui bien entendu n’a rien vu venir, semble au comble de l’embarras. Après la présidentielle calamiteuse de 2002, après le récent référendum européen vécu comme un camouflet, la crise des banlieues vient réaffirmer l’écart insondable entre la politique et le réel. Car de ce point de vue là, la situation politique du pays paraît bien plus préoccupante que nos problèmes de banlieue, qui n’en sont au fond qu’un épiphénomène. Un président élu à 80% pour sauver la République, que menace la perte d’autorité ; un ministre de l’Intérieur à qui les média ont fait tourner la tête jusqu’à en perdre tout sens des responsabilités ; un vide total d’alternative politique qui présage encore de bien des fiasco à venir...

 

Or si elle est tellement troublée, c’est que l’époque est terriblement en avance sur les hommes qui ont fait profession de diriger le pays. Faillite du modèle Français, a-t-on dit un peu vite. C’est tout le contraire : ce que réclament les jeunes de banlieues aujourd’hui, dès lors qu’on veut bien cesser un instant de faire la sourde oreille, c’est de ne plus être systématiquement marginalisés. Ce n’est pas une sécession communautaire, comme l’ont prétendu les commentateurs pressés ; mais bien la revendication de l’appartenance pleine et entière à la nation française.  

 

Dès lors la lecture de l’événement prend une tout autre direction. Ces voitures qui flambent ne seraient donc pas le signe d’une jacquerie séparatiste, mais au contraire de la volonté de passer d’une intégration de droit à une intégration de fait.

 

Si l’émeute est le constat d’échec d’une politique, elle augure toujours d’une nouvelle société à venir ; car d’une façon ou d’une autre, toute crise doit être surmontée. Le dégagement d’énergie qu’elle produit doit être canalisé vers l’action positive. Le monde dont va fatalement accoucher la crise des banlieues n’est peut-être pas sans vertu. Peut-être qu’au fond les événements auxquels nous venons d’assister sont les symptômes des profonds changements aujourd’hui à l’œuvre au sein de notre société dans son ensemble.  Une société qui est en train de passer d’une culture de la promesse à une culture du résultat. Moins d’a priori, davantage de pragmatisme. Moins d’idéologie dogmatique, plus d’expérimentation. Désormais – et c’est stricto sensu ce que la vieille garde politique française peine à reconnaître – les démagogues ont été chassés de la Cité. Il n’y a que ces derniers, bien entendu, pour feindre de ne rien entendre sur ce chapitre-là.

Par Le citoyen éveillé
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Mercredi 21 décembre 2005

Déclaré champion du monde par l’OMS (Organisation mondiale de la Santé), cité partout en exemple, le système français de soin gît désormais dans la jungle inextricable de la réforme Douste-Blazy comme un trésor perdu passé aux mains hystériques d’une bande de babouins en rut qui s’en disputent le contenu.
Or donc, pourquoi une réforme, dont on sait déjà qu’elle se montrera tout à fait inapte à juguler le déficit de l’assurance maladie ? Lorsqu’on veut se débarrasser de son chien, on crie qu’il a la rage. Pratiquement, comment s’y prend-on ? Eh bien on organise méthodiquement la faillite des différents systèmes jusque là performants dont on veut se débarrasser. C’est la réforme de la santé. Tant qu’à changer les choses, autant en effet commencer par ce qui fonctionne bien !
On ne comprend donc rien à la réforme de la santé si l’on ne la réfère pas à la stratégie d’ensemble, dictée par un choix de société. Toutefois, dans un pays qui se veut libéral sans l’être, il faut avancer masqué. On entretiendra donc savamment la confusion entre la volonté louable d’organiser rationnellement un véritable plan de soins et le souci de rééquilibrer les comptes de la santé par un changement radical dans le principe de prise en charge.
Rééquilibrage de comptes ? Petites économies à vrai dire, puisque le chiffre de la dette du pays est désormais connu : 2000 milliards d’euros. Dans le cas du déficit de la Sécu, il ne s’agit seulement que de 15 malheureux milliards (0,07% !) ; bien des histoires pour pas grand chose. De plus le déficit n’est pas structurel, puisque en 1999, 2000 et 2001 le régime obligatoire, souvenons-nous, était bénéficiaire ! L’objectif, s’il n’est donc pas économique, est bien de privatiser le secteur de la santé. L’Etat conservera le traitement des pathologies lourdes et affections de longue durée (cancers, maladies neuro-dégénératives, etc…), non rentables par définition (mais supportés par la collectivité), pour attribuer généreusement les secteurs rentables de la santé aux assureurs privés.
A côté de l’augmentation légitime des coûts de la santé, existent aussi des raisons moins avouables. Olivier Wong (Médecin généraliste) estime que « la création de toutes pièces de nouvelles maladies par la mode, l’industrie et de nombreux spécialistes est de plus en plus fréquente, sans autre justification que celle de créer un nouveau marché ». Mais curieusement ces abus manifestes semblent passer inaperçus aux yeux à focales multiples des Pouvoirs publics. Qui préfèrent entonner le chant gaillard de la « responsabilisation de l’assuré » et autre faribole… En fait si faillite il y a, elle est bien à chercher dans cette direction-là.
Depuis le Plan Juppé de 1995, jamais autant de réformes n’ont été engagées. L’économie de la Santé est un secteur en plein bouleversement. Quelques remarques s’imposent. Premièrement : il est tout à fait légitime d’assister à la croissance des dépenses de santé, eu égard à trois phénomènes majeurs : le vieillissement de la population, l’allongement de l’espérance de vie, l’apparition de nouveaux traitements et la prise en compte du confort. De plus les efforts nationaux en matière de vaccinations massives (contre l’hépatite notamment il y a quelques années) et de prévention élèvent mécaniquement les coûts, sans qu’il y ait là matière à scandale. Ensuite il faut relativiser. Car les dépenses de santé croissent moins vite en France que dans les autres pays de l’OCDE. Mais le PIB augmente aussi moins vite que dans les pays comparables ; et par conséquent ces dépenses deviennent plus difficiles à financer. Il ne faut donc pas confondre légitimes dépenses et incapacité économique à y faire face.
La France il est vrai possède une couverture assurancielle bien plus élevée que la moyenne des autres pays de l’OCDE. Les dépenses en pharmacie par habitants sont les plus élevées de l’OCDE, exceptés les Etats-Unis. Toutefois quelques chiffres sont toujours bons à rappeler : 5% des assurés représentent 60% des dépenses de l’assurance maladie. L’hôpital à lui seul compte pour 47%. 15% des assurés sociaux n’ont aucune consommation en matière de santé. La concentration des dépenses sur un petit nombre d’assurés et sur le secteur hospitalier suffit à démonter la supercherie : en aucun cas il ne peut s’agir d’une panne du système tout entier justifiant une réforme globale.
La loi du 13 août 2004 repose sur une double hypothèse : le retour de la croissance et l’évolution des comportements, tant des assurés que des prescripteurs. Une Haute Autorité est mise en place pour procéder au désengagement de l’Etat vis-à-vis d’un certain nombre de prestations, faisant porter le coût de ces déremboursements sur l’assurance complémentaire et les ménages. Le nouveau système comprendra trois niveaux de protection : le régime obligatoire ; le régime complémentaire de base ; un troisième régime, « surcomplémentaire », libre et totalement concurrentiel.
Si l’on constate une réelle transformation de la protection sociale en marché ouvert, on ne voit en revanche aucune amélioration structurelle pour un meilleur service médical, ni aucun retour à une maîtrise des coûts. Pour les Français en revanche, la maîtrise de leurs dépenses personnelles ne va pas être facile. Car ce qui attend l’assuré pour les mois à venir n’a rien d’une sinécure.
Quel sera le périmètre assurable ? Quel sera demain le niveau de mutualisation et de solidarité ? Toutes les questions demeurent pour l’instant en suspens. Et bien que le ministre de la santé Xavier Bertrand s’en défende avec rondeur (« La réforme ne produit pas de hausse de tarif »), après deux ans de hausse continue, il en coûtera aux assurés, à compter du 1er avril prochain, 3% en plus selon la version optimiste de Jean-Claude Seys (Président de MMA-MAAF), entre 6% et 9% en plus selon l’INC (Institut national de la consommation). Pour une amélioration des soins ? Non. Il ne s’agit là encore que du transfert des charges du régime obligatoire vers les complémentaires.
En effet, entre parcours de soin et parcours de tarifs, la réforme hésite, louvoyant ente ces deux logiques que tout oppose. Comme le note Gilles Johanet, directeur des activités santé AGF, « ni la loi, ni le décret ne portent sur le médicament, mais seulement sur la consultation médicale… qui n’est pas un facteur d’inflation ». Qui plus est la question de la prévention, carence véritable du système français (la part du curatif représente 95% de la dépense) est à peine esquissée. Cependant la mise en place par les complémentaires de « contrats responsables » prévoit la prise en charge intégrale de deux prestations de prévention à définir au cas par cas. Par son rôle dans la gestion du risque, l’assureur serait en effet le premier à bénéficier d’une véritable culture de la prévention. Les nouveaux contrats vont offrir la possibilité de capitaliser en vue d’une dépense de santé prévisible. D’après Gérard Ropert, directeur général de la CPAM-Lyon, « les complémentaires ne peuvent continuer indéfiniment à compenser en aveugle les désengagements des régimes obligatoires ». Cette tendance conduira vers « la redéfinition de l’articulation entre les prises en charge des régimes obligatoires et celles des régimes complémentaires ».
L’assurance complémentaire accepte le transfert de charge de l’assurance maladie, mais entend bien démontrer que le niveau de la dépense va continuer à croître si l’on ne change pas de cadre de remboursement. En clair, si l’on ne « responsabilise » pas l’assuré avec des contrats « surcomplémentaires ». De fait, la surcomplémentaire, c’est l’invention d’une politique de soin par capitalisation à laquelle les Pouvoirs publics ont déjà donné quitus. La politique réside décidément dans l’art de trouver les mots : depuis le rejet massif du plan Juppé de 1995 par la population française, on a rebaptisé « retraite par capitalisation » en « retraite surcomplémentaire » ; remplacé « déremboursement » par « assurance surcomplémentaire ». Car derrière la réforme de la Santé ou des retraites, c’est bien le champ de la solidarité nationale qui est en train d’être revu à la baisse. Derrière le dos, une fois encore, des électeurs.

Propos recueillis à l’occasion d’Economie-Santé, XIe Forum international de la gestion de la santé organisé par Les Echos les 16 et 17 novembre 2005 à Paris.

Par Le citoyen éveillé
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Mercredi 21 décembre 2005

C'est un petit plaisir bien Français qui nous rappelle Vichy : la délation est de retour sans que cela ne semble particulièrement émouvoir l'opinion publique. Sur ce site même : regardez en bas du cadre, la mention "Reporter un abus" !! Sont concernés les abus manifestes tels que l'incitation à la haine raciale ou la pédophilie, mais également un très étrange délit jusqu'alors ignoré de moi, et intitulé : "Atteintes aux marques". Alors si je trouve mon téléphone Bouygues complètement con, si la Warner m'emmerde avec ses fadaises pour niais et si MacDo me fait gerber, il va falloir rengainer ma critique ???

 Au cinéma : en gros : "Toute procédure d'enregistement est interdite. Nous vous invitons à dénoncer ces pratiques si vous observez vos voisins s'y livrer" (lu ces jours-ci avant la projection du film "Harry Potter et la coupe de feu").

Oui, rampante, insidieuse, la bonne vieille délation est de retour. A l'heure des caméras, des postes de police avancés dans les écoles, il ne manquait plus qu'elle pour assurer, bien entendu, la sécurité de tous.

 

Par Le citoyen éveillé
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Jeudi 22 décembre 2005

Comment un pays réputé moderne peut-il désespérer à la fois ses chercheurs, ses artistes et ses enseignants ? Qu'est-ce que l'individu a perdu lorsqu'il croit que la culture lui est interdite ou, pire, inutile, vaine à transmettre à ses propres enfants ? Quelle est cette friche de civilisation où le seul mot d'ordre qui vaille, cynique entre tous, c'est " profite sans te prendre la tête " ? Quel est cet autodafé de l'esprit auquel, avec des mines de collabos, nous assistons si complaisamment depuis de nombreuses années ?
La dévalorisation progressive des diplômes est en train de déqualifier l'intelligence. Dès les années 90, la crise des expertises, la défiance vis-à-vis des édiles supposés impuissants, ont fortement modifié les comportements. Mais la vague d'anti-intellectualisme primaire qui secoue la France est plus profonde encore. L'écart entre les élites et la population n'a pas cessé de se creuser depuis vingt ans. Toutefois, au regard de leurs salaires, l'enseignant, l'artiste intermittent et le chercheur sont pourtant bien loin d'apparaître comme des nantis. C'est même tout le contraire. Il fallait autre chose.
" L'immense majorité de la société vit dans une misère symbolique faite d'humiliation et d'offense ", dit Bernard Stiegler. Or enseignants, artistes et chercheurs, s'ils ne mènent pas grand train, jouissent d'un capital symbolique très fort. C'est ce capital qui est aujourd'hui remis en cause par un populisme fort bien entretenus - et depuis fort longtemps - par les médias, de droite comme de gauche.
La pensée, le débat contradictoire, l'étude solitaire, le temps long des savoirs et des œuvres, tout cela n'entre plus dans la rythmique contemporaine, faite de brièveté, de zapping incessant, de confusion des genres, de superfluités sucrées, de ricanements nerveux, de légèreté festive et surexcitée. L'impatience confine à la brutalité et l'existence à la névrose. Où nos ados en casquette ont-ils appris leurs manières cassantes, sinon dans cette foire aux vanités que nous leur léguons en héritage, où seule l'invective tient lieu d'argument ? Que peut-on découvrir, enseigner et transmettre, dans une telle société où le divertissement a pris les proportions d'une hallucination collective ?
Le culte du superficiel-qui-fait-de-l'audience a été massivement propagé par la sub-culture médiatique, principalement télévisuelle. Cette dernière a eu l'effet strictement inverse aux visées d'une culture véritable : au lieu de permettre aux individus d'apprendre des choses nouvelles tout en s'émancipant d'eux-mêmes (et de l'ensemble pesant des déterminismes historiques, sociaux et personnels), elle a eu pour effet d'accentuer les travers, de caresser dans le sens du poil, de flatter des ego surdimensionnés dont le narcissisme est à l'exacte proportion de leur néant existentiel.
Il faut se déprendre pour apprendre. La culture, toujours, est une terre étrangère. Et cette étrangeté aujourd'hui fait peur. Parce qu'elle est inattendue, qu'elle ne donne jamais de résultat à court terme, bref, qu'elle est impossible à " marketer ". Il faut se faire voyageur. Il faut avoir accompli un pas dans sa direction pour s'apercevoir que cette étrangeté n'est autre que le nom premier que l'on donne au mot de " liberté ". Il faut aimer ce que l'on ne comprend pas ; car là réside le possible.
Depuis longtemps nos médias nous apprennent à nous haïr les uns les autres, diffamant des corporations entière au mépris du bon sens, mettant telles ou telles à l'index, les exposant à la vindicte. Comme si la recherche, l'art ou l'enseignement existait autrement que dans le partage ! Comme si l'intelligence était ce qui sépare, alors que c'est ce qui rassemble ! La culture, la vraie, n'est jamais ce qui ferme, mais toujours ce qui ouvre.
Lorsque la culture déserte l'espace commun, alors ne reste plus que la violence.

 

 

Par Le citoyen éveillé
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